RETOUR SUR – Assurer la mise en oeuvre des principes humanitaires sur le terrain: l’étude de cas du Soudan du Sud | October 26, 2015

Depuis juillet 2015 la Fondation Handicap International, en collaboration avec le Norwegian Refugee Council (NRC) travaille à l’élaboration d’une étude portant sur la mise en place opérationnelle des principes humanitaires. Axelle Velten, chargée d’étude à la Fondation, nous en dit plus.     Cadre de l’étude Sous la direction de NRC (Norwegian Refugee Council), la […]

Depuis juillet 2015 la Fondation Handicap International, en collaboration avec le Norwegian Refugee Council (NRC) travaille à l’élaboration d’une étude portant sur la mise en place opérationnelle des principes humanitaires. Axelle Velten, chargée d’étude à la Fondation, nous en dit plus.

 


 

Cadre de l’étude
Sous la direction de NRC (Norwegian Refugee Council), la Fondation Handicap International, et ce au nom de Handicap International, prend part à une étude portant sur l’utilité pratique et la mise en place opérationnelle des principes humanitaires (humanité, impartialité, neutralité, indépendance) sur le terrain. Cette étude (1) vise à étudier de plus près la pertinence et l’applicabilité des principes humanitaires dans différents contextes d’intervention donnés. Pour ce faire, le recueil et l’analyse des perceptions des différents acteurs prenant part à l’action humanitaire ont eu lieu en Colombie, en Syrie à travers la Turquie, au Soudan du Sud et au Népal. A travers ces cas d’étude, l’objectif a donc été d’explorer les principaux défis opérationnels rencontrés sur le terrain, les perceptions qu’ont les différents acteurs des principes humanitaires ainsi que leur application, le rôle du secteur privé dans la mise en place d’une réponse humanitaire respectueuse des principes humanitaires et enfin l’influence des Etats sur l’application des principes humanitaires. A cet effet, la Fondation a pris en charge un des cas d’étude constitutif de la recherche : à Djouba, au Soudan du Sud, du 8 au 24 septembre 2015.

Le Soudan du Sud : défis de la réponse humanitaire dans un contexte de conflit prolongé
Djouba (Soudan du Sud), le 10 septembre 2015 au matin. Dès la sortie de l’aéroport la chose est frappante. A l’impressionnant nombre de 4×4 blancs d’ONG internationales, des agences onusiennes ou de la mission de maintien de la paix (UNMISS) se mêlent dans le joyeux désordre des quelques grands axes routiers de la capitale les deux roues des locaux ainsi que des véhicules militaires. C’est à Djouba que tous ces acteurs, s’entrecroisent, se coupent la route (souvent), se donnent le chemin (parfois), accélèrent avec détermination ou font brusquement marche arrière, bloqués par une route impraticable. Comme ils le feraient lors des réunions de coordination humanitaire, comme ils le feraient lors des négociations de paix au niveau national ou régional, comme ils le feraient pour convenir des conditions et des termes de la fourniture de l’assistance humanitaire et de la protection des civils dans le pays.

Plus de 15 000 personnes ont trouvé refuge dans le camp de déplacés de UNMISS à Juba 3, Soudan du Sud, suite aux violences qui ont surgies le 15 décembre 2013. Dans tout le pays, plus de 500 000 personnes sont déplacées. © Camille Lepage / Handicap International
Plus de 15 000 personnes ont trouvé refuge dans le camp de déplacés de UNMISS à Juba 3, Soudan du Sud, suite aux violences qui ont surgies le 15 décembre 2013. Dans tout le pays, plus de 500 000 personnes sont déplacées. © Camille Lepage / Handicap International

D’une manière ou d’une autre, tous ces acteurs qu’ils soient nationaux ou internationaux, sont impliqués dans les mécanismes de réponse humanitaire au Soudan du Sud. Nous voulions donc rencontrer ces différents acteurs, pour récolter leurs impressions et obtenir leur avis sur les modalités de fourniture de l’aide humanitaire ainsi que les principaux défis auxquels ils sont confrontés (2). Pour ce faire, nous avons organisé deux focus groups ainsi que seize entretiens individuels, durant lesquels nous nous sommes entretenus avec des membres de la mission de maintien de la paix de l’ONU au Soudan du Sud (UNMISS), des membres d’ONG internationales, des représentants de bailleurs de fonds, un représentant du Ministère de la Santé sud soudanais ainsi que des bénéficiaires du dispositif «Relais Handicap et Vulnérabilité » de Handicap International, appelé communément dispositif DVFP (Disability & Vulnerability Focal Point en anglais) dans le camps de déplacés de Djouba (PoC3) (3). Nous voulions savoir comment les acteurs humanitaires étaient perçus, comment ils se coordonnaient et quelles étaient leurs modalités de réponse humanitaire. Nous voulions aussi savoir comment ces derniers envisageaient le respect des principes d’impartialité, de neutralité et d’indépendance dans la mise en place de leurs programmes d’aide.

Cette étude a donc été articulée autour de questions subsidiaires, à savoir :
1. Comment les différents acteurs approchés perçoivent les principes humanitaires ? Quelle définition en donnent-ils ?
2. Quels sont les principaux défis auxquels doivent faire face les acteurs humanitaires dans un tel contexte, afin de garantir la mise en place d’une action humanitaire dite “ à principe”?
3. Comment les acteurs pourraient-ils garantir le meilleur respect de ces principes ?

Les conclusions de ce cas d’étude, à paraître bientôt, sont édifiantes. Les différents entretiens ainsi que l’analyse du contexte sud soudanais révèlent toute la complexité de mener une actions humanitaire respectueuse des principes humanitaires, et ce dans un contexte de conflit prolongé. Dans un tel contexte, les acteurs humanitaires sont en effet susceptibles de subir des pressions de la part des parties au conflit et doivent faire face au risque d’instrumentalisation politique de leur action. L’impact de l’agenda politique des bailleurs de fonds a aussi été évoqué par de nombreux interviewés.
Finalement au Soudan du Sud, la capacité des acteurs humanitaires à mettre en place une action efficace et coordonnée est un réel défi compte tenu de l’augmentation importante du nombre d’opérateurs humanitaires et de la diversité de leur mandat ; des contraintes logistiques dues à l’absence d’infrastructures et des défis sécuritaires aussi bien que politiques soulevés par le conflit en cours.

Dans l’attente de la publication du rapport final (décembre 2015) dans lequel les enjeux et questions transversales aux quatre cas d’étude seront mis en commun et analysés, il est déjà possible d’en apprendre davantage sur la recherche opérationnelle à travers le Webinar organisé en octobre 2015 par PHAP, durant lequel la Fondation Handicap International et NRC ont pu présenter les premières conclusions des cas d’étude en cours. L’ objectif de ce Webinar, (“PHAP Special Event Series: Realities of being principled in today’s field operations”), similaire à ceux de la recherche, a été le suivant : mettre en perspective les différentes réponses lorsqu’il est question de savoir si une action humanitaire était envisageable sans le respect des principes ; si l’environnement humanitaire était devenu plus ou moins politisé durant la dernière décennie ou encore si le secteur privé pouvait mener ses activités dans le respect des principes humanitaires.

 


 

 

Pour visioner ce Webinar (en anglais), cliquez ici.

Résumé des discussions (en anglais)

 

(1) La recherche nommée “Principles and Pragmatism in Conflict Settings: Field Perspectives” a été commanditée par NRC avec le soutien de OFDA/USAID ( date de publication : décembre 2015 ).

(2) Rappelons qu’au Soudan du Sud la situation continue de se détériorer depuis la crise de 2013. Des dizaines de milliers de personnes ont été tué et on compte actuellement 2.2 millions de personnes déplacés. Depuis 2014, les accords de paix ont donné lieu à la signature de plusieurs cessez-le-feu, rapidement rompus par les parties au conflit. Par ailleurs dans les Etats de Jonglei, Unity et Upper Nile au nord du pays, l’accès à des zones entières est refusé par différents groupes armés, alors que l’on sait désormais que les pires exactions y sont commises sur les populations civiles.

(3) Handicap International est présent au Soudan du Sud depuis 2010, à travers la mise en place de projets de développement. A Djouba, les équipes de HI interviennent dans les camps de déplacés dénommés PoC (Protection of Civilians), sur la base militaire de l’UNMISS.


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