ALERT – Coronavirus : Monsieur le Président, appelez à ne pas oublier l’Afrique! | March 30, 2020

Enfant malvoyante lisant un livre en braille, au Togo

Dans Le Monde, la Coalition Education, collectif dont HI est membre, exhorte Emmanuel Macron à ne pas sacrifier les solidarités internationales. La tribune de la Coalition Education Il faut le dire cette pandémie « nous oblige », ce sont vos mots. Au regard des femmes et des hommes infectés par le COVID-19, des patients, des soignants, des […]

Dans Le Monde, la Coalition Education, collectif dont HI est membre, exhorte Emmanuel Macron à ne pas sacrifier les solidarités internationales.

La tribune de la Coalition Education

Il faut le dire cette pandémie « nous oblige », ce sont vos mots. Au regard des femmes et des hommes infectés par le COVID-19, des patients, des soignants, des pharmaciens, des éboueurs, des hôtes de caisses, des pompiers, des travailleurs sociaux, paramédicaux, cette liste est longue…

Au regard des plus fragiles bien évidemment, notamment les 200 000 personnes qui malgré vos engagements sont toujours à la rue, en France, et qui n’ont pas les moyens de se protéger, de se confiner, de se soigner.

Au regard de l’Histoire aussi. Madame La Chancelière Angela Merkel faisait remarquer que cette crise sanitaire n’avait pas d’équivalent en termes de défi pour l’Allemagne depuis la Seconde Guerre Mondiale. Vous l’avez, Monsieur le Président, également souligné pour notre pays.  

L’Histoire se souviendra des décisions que nous prenons et de notre hauteur de vue. Dans ce contexte d’extrême urgence où il est question de masques et de respirateurs pour sauver des vies ici en France, nous vous demandons, conscients de notre responsabilité, de prendre une initiative, pour et avec l’Afrique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l’a rappelé, la crise du Coronavirus va être particulièrement dramatique sur ce continent où les filets sociaux n’existent pas et où les matériel médicaux requis pour répondre à cette crise manquent, où 85% de la population au sud du Sahara n’a pas accès à l’eau propre ni au savon[1] et où il faut aller travailler quoi qu’il arrive pour nourrir sa famille. C’est une question de jours…

L’extrême urgence est donc ici, mais aussi là-bas avec les conséquences humaines, sociales, économiques que nous avons peine à imaginer et dont les conséquences systémiques nous concernent déjà.

Aujourd’hui 138 pays ont fermé leurs établissements scolaires sur l’ensemble de leur territoire, affectant un peu plus d’1.3 milliard d’enfants et de jeunes[2], avec des risques majeurs de déscolarisation à moyen et long terme.

Nombre de nos organisations œuvrant dans la solidarité internationale, sont impactées de plein fouet par la crise du Coronavirus dans leurs programmes, leurs modèles économiques, leurs stratégies. Comme vous l’avez dit, rien ne sera pareil après cette crise. Mais il faut, en premier lieu, limiter son expansion : nous le faisons, dès à présent, avec nos équipes et des jeunes bénévoles en Afrique qui sensibilisent aux gestes-barrières. Nous pouvons faire beaucoup plus !

Mais, pour cela, il faut que nous puissions continuer nos activités de prévention, d’éducation et de formation sur le terrain. Ces actions complémentaires à la santé, permettent d’avoir une vision holistique et stratégique sur la crise complexe et inédite que nous vivons. Il faut donc penser ensemble, car la solution ne peut être que collective, solidaire, internationale, pour assurer le continuum santé-éducation en prenant en compte également les questions alimentaires mais aussi d’urgence-post-urgence.  Notre solidarité se doit donc d’être à la hauteur de cette crise et de ses enjeux.

Cette crise concerne dès à présent la survie de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants, mais elle montre aussi que l’urgence sanitaire et médicale, doit nécessairement se combiner à des actions de sensibilisation et d’éducation qui permettent en parallèle du soin, d’anticiper et de protéger, donc, de démultiplier les effets de la lutte contre la pandémie.

A l’heure de la mondialisation, notre solidarité ne peut pas concerner notre seul territoire. La fermeture des frontières est certes compréhensible dans une situation aussi inédite, mais elle ne doit pas signifier que les échanges entre Nations ne seraient vertueux qu’en période de croissance et de développement. Au contraire, les interconnexions sont telles, et l’avenir de la planète une urgente nécessité, que l’on ne peut négliger ce qui se passe ailleurs, notamment en Afrique, là où la crise fera probablement plus de ravages que sur nul autre continent, avec un impact sur l’Humanité toute entière.

Monsieur le Président, nous pouvons sauver des vies, beaucoup de vies. Nous principales associations de solidarité et de développement par l’éducation, nous nous mobilisons partout où nous sommes présentes, particulièrement en Afrique. Mais, nous avons besoin d’argent pour continuer à agir et à exister. Il faut, bien sûr, donner des fonds aux organisations humanitaires de santé ou d’urgence, mais également renforcer les fonds de l’éducation comme appui et complément aux actions d’urgence sanitaire. Sans ce soutien, nous ne serons pas en mesure d’apporter une réponse systémique et collective.

C’est pourquoi, nous vous exhortons, tout d’abord à mettre en place un fonds de sauvegarde pour les organisations de solidarité internationale qui en ont besoin, afin qu’elles puissent traverser cette crise d’une gravité extrême pour elles également. Nous vous demandons de respecter la trajectoire des 0,55 % du Revenu National Brut à 2022 consacrés à l’aide publique au développement comme vous vous y êtes engagé au début de votre mandat et au regard de cette crise historique en direction de l’éducation et santé.

Nous vous demandons, au nom du Partenariat Mondial pour l’Education (PME), que vous avez largement soutenu, de lancer sans attendre une initiative forte, historique, internationale et solidaire en appelant à mobiliser des fonds publics avec l’Agence Française de Développement (AFD), l’Union Européenne, le PME, la Banque Mondiale, et les grandes banques de développement mais aussi avec des fonds privés d’entreprises, de fondations, pour proposer une réponse collective et cohérente.  

Monsieur le Président, appelez à ne pas oublier l’Afrique !

Aide et Action et Solidarité Laïque, porteuses de cet appel et premières signataires avec leurs partenaires invitent toutes les organisations d’éducation et de solidarité internationale à les rejoindre en signant cet appel.

Charles-Emmanuel Ballanger                           Alain Canonne

Directeur Général Aide et Action                     Délégué Général Solidarité Laïque

 

Signataires ayant rejoint l’appel

UNSA Education

Hanta RAKOTONDRAMAVO, Directrice de DEFI

Yvan Savy, directeur de Plan International France

 Daniéle Toulemont, Déléguée internationale d’AgirABCD

Yolaine Guerif, Directrice Générale de Partage

Agnès RIFFONNEAU, présidente du GREF (GRoupement des Educateurs sans Frontières)

Manuel Patrouillard, Directeur Général, Fédération Handicap International / Humanité & Inclusion

Catherine Nave-Bekhti, Secrétaire générale de la Fédération des Sgen-CFDT

Jean-Luc CAZAILLON, Directeur Général des CEMEA

Patrice Papet, Président de l’association Planète Urgence


[1] Dr Canisius Kanangire, Secrétaire Exécutive de l’AMCOW, le Conseil des Ministres Africains pour l’Eau – un sous-comité technique du département de l’agriculture de l’Union Africaine.

[2] UNESCO. Données au 24/03/20 

 

 


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